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lundi 12 décembre 2016

Deux remords de Claude Monet


Deux remords de Claude Monet, Michel Bernard, 
Editions La Table Ronde, 
224p.
Publié le 18 août 2016.



Cette rentrée littéraire 2016 est riche de romans qui parlent d'art et d'artistes.
Je vous avais, en effet, parlé du roman qui a pour héros Blaise Cendrars et Erik Satie, Les pêcheurs d'étoiles de Jean-Paul Delfino. Il y a aussi le nouveau roman de Jean-Michel Guenassia, La valse des arbres et du ciel, autour de Van Gogh et dont je vous parlerais une prochaine fois. 
Et puis chez La Table Ronde, nous avons eu le droit à un petit roman sur Monet, et les impressionnistes.

Le roman de Michel Bernard se découpe en 3 parties. Dans la première il nous parle de Frédéric Bazille. Ce grand échalas, peintre impressionniste aux côtés de Monet, Manet, Degas..., mort trop tôt, tombé au combat à la bataille de Beaune-la-Rolande en 1870, reconnu trop tard par le grand public. Car Bazille était un grand ami des peintres impressionnistes très connus de nos jours. Il était en cours en atelier en compagnie de Monet, Renoir et Sisley. Issus d'une famille de notables Montpelliérains il achetait des oeuvres à ses amis quand ceux-ci ne vendaient rien. Pour leur permettre de survivre, mais aussi parce qu'il aimait leur travail. Je ne vous ressortirais pas mon exposé fait sur ce peintre et son tableau Réunion de Famille fait en première année de fac, mais je peux vous certifier que c'est un peintre que j'aime beaucoup. Et un roman qui s'ouvre sur sa mort, ce n'est pas commun. Peu de gens parlent de Bazille quand ils évoquent les peintres impressionnistes. Et pourtant, ce personnage et son travail ont hantés Monet toute sa vie. 
Monet qui ne s'est pas battu lors de la guerre franco-prussienne à laquelle Bazille a donné sa vie. Monet qui avait fuit en Angleterre pour échapper à la conscription avec sa femme Camille. 
Camille, un autre personnage assez méconnu et pourtant présente dans de nombreuses toiles de son maris. Premier amour de Monet, première épouse de l'artiste. Elle lui consacra sa vie. C'est autour de sa figure que s'articule la seconde partie du roman.
Quand à la troisième partie, il s'agit de Monet. Enfin! me direz-vous? Et bien oui et non. Cette dernière partie nous parle de lui à la fin de sa vie, quand il se lance dans la réalisation de son grand oeuvre, la série des Nymphéas. Mais tout au long du roman, c'est bien Monet qui est au cœur de l'écriture de Michel Bernard. 

Ce roman nous parle d'hommes, de peinture, d'art, d'amours. On y découvre comment les peintres travaillaient. Qui les aidaient quand ils ne vendaient presque pas. On y découvre un Monet vieillissant, presqu'aveugle, qui refuse de se faire opérer alors que sa peinture devient brouillonne et incompréhensible. On y découvre des femmes, dans l'ombre de ce grand peintre. Camille qu'il n'oubliera jamais, et dont il peint un portrait magnifique après sa mort.
Des amitiés, indéfectibles malgré le temps qui passe et les succès qui ne sont pas toujours au rendez-vous. L'humilité d'un artisan alors que son succès international en fait un homme riche. 
Un artisan que les puissants aident même lors de la première guerre mondiale. A un moment où les gens sont sur les routes, ou les hommes meurent sur le champs de bataille par milliers, le gouvernement ordonne de réquisitionner tout le matériel dont Monet a besoin pour qu'il puisse continuer de peindre.
C'est tout l'envers des tableaux de Monet que Michel Bernard met au jour dans son roman.

L'écriture n'y est pas transcendantale. Mais elle est suffisante pour nous transporter dans la vie de cet homme dont on connait si bien l'oeuvre. 
Un roman qui permet de (re)découvrir un grand peintre français à travers une fenêtre plus opaque que celle de ses tableaux.

dimanche 11 décembre 2016

La sociologue et l'ourson

La Sociologue et l'Ourson, 
un film de Etienne Chaillou & Mathias Théry
DVD Quark Productions et Docks 66
Sortie le 6 avril 2016
1h 18min.

Une fois n'est pas coutume, et même totalement exceptionnel, j'ai envie de vous parler d'un documentaire.
Entre septembre 2012 et mai 2013, la France s'est enflammée autour du projet de loi du Mariage pour tous. Pendant ces 9 mois de gestation législative, la sociologue Irène Théry raconte par téléphone à son fils, réalisateur, les enjeux de ce débat. Et c'est ainsi, qu'est né ce film. Mélange d'images filmées pendant cette période, honteuse pour la France, et d'animations faites à l'aide de peluches et de jouets. Ce documentaire ne traite pas uniquement de ce projet de loi. Il explique aussi ce qu'est la famille, en France, au XXIème siècle.

En échangeant avec son fils, Irène Théry tient des propos clairs, simples, et déroule sa pensée avec aisance. On y (re)découvre l'évolution du mariage à travers les siècles, mais aussi les "tricheries", et petits aménagements effectués de tout temps par les Hommes pour assurer sa descendance. Car c'est bien ce qui est au cœur de la famille, la filiation. Ce documentaire, tout à fait didactique et ludique répond à de très nombreuses questions, et me semble parfait pour apaiser les peurs de tous ceux qui sont descendus dans les rues contre cette loi. J'ai enfin compris pourquoi de si nombreuses personnes étaient contre. J'ai aussi fini par comprendre pourquoi autant de monde se dit contre la PMA et la GPA pour les couples de même sexe. J'ai enfin pu comprendre leurs peurs. 

Du coup en le visionnant, je me suis dis que c'était un documentaire parfait pour désamorcer ces peurs, tant il leur répond aisément. 
C'est donc terriblement bien tourné, malin, drôle, avec des détours par l'histoire, parfois très émouvant. Un documentaire qui permet aussi de mettre un visage sur quelques unes des personnes attaquées par ceux de la Manif pour tous. De quoi leur rappeler qu'il ne s'agit que d'humanité, de liberté, d'égalité et fraternité!

A voir absolument et à diffuser largement!




lundi 7 novembre 2016

Nouveauté

Bonjour à tous!

Bientôt 4 ans que ce blog existe, que je l'alimente, même de manière sporadique. 4 ans de bons et loyaux services. Mais 4 ans avec si peu de changements que j'en ai eu marre. J'avais envie de nouveauté, de changement, d'un nouveau souffle. 

Voici donc un nouveau blog, chez un nouvel hébergeur! Je ne compte pas laisser celui-ci disparaître. Non. Je ne suis pas encore prête.
Désormais ce blog sera consacré à la littérature adulte. 
L'autre ne traitera que de littérature jeunesse. Et quand je dis jeunesse, je parle aussi des romans pour ados. 
Désormais deux univers, qui vont cohabiter, mais plus dans le même espace. 
Avec l'espoir que les choses soient plus claires et plus faciles à trouver pour les lecteurs.

Merci à vous!


lundi 24 octobre 2016

Babybatch

Babybatch, Isabelle Coudrier, 
Seuil, janvier 2016
400p.


Alors là, me voici bien embêtée... Que dire de ce roman?
Du bien? Du mal? Je vais être obligée d'en dire les deux....

Isabelle Coudrier, que j'avais découvert et adoré avec J'étais Quentin Erschen est revenue discrètement en janvier, chez un nouvel éditeur, pour un nouveau roman. Je dis discrètement parce que j'étais totalement passée à côté. Et puis, histoire de me faire une petite pause dans la rentrée littéraire je me suis plongée dans son Babybatch
Babybatch c'est Benedict Cumberbatch, vous savez cet acteur britannique au charge ravageur qui nous envoûte avec brio dans son rôle de Sherlock Holmes dans cette série de la BBC. J'aime beaucoup la série, même si je ne connais rien sur la vie de Benedict. Enfin ça c'était avant. Avant de lire Babybatch
Dominique a 15 ans. Elle est française, vit dans une banlieue de province et est une FAN inconsidérée de Benedict Cumberbatch. Loin des critères de beauté des ados de son âge, elle voue un culte à cet acteur plus vieux, so british. Toute sa vie ne tourne qu'autour de l'acteur. Elle passe des heures à le traquer sur Internet. Apprend l'anglais pour comprendre ses interviews. Se passionne pour Shakespeare quand l'acteur est annoncé pour jouer Hamlet au théâtre à Londres. Peu à peu elle se coupe du monde, de ses amis qui lui tournent le dos. En même temps on peut les comprendre, a 15 ans Benedict Cumberbatch ne fait pas forcément rêver. 

Voilà donc un peu l'histoire de ce roman. Dominique qui traque de loin son acteur fétiche. Certes ce roman aborde donc le vaste problème de la vie rêvée, la vie numérique qui prends le pas sur la vie réelle. Il y a chez Domonique une réelle addiction à cette vie virtuelle qui s'installe progressivement. Au point qu'elle ne s'intéresse plus, ou pas assez, aux êtres vivants qui l'entourent. C'est un sujet d'actualité, même si en France nous n'avons pas autant de reclus vivants dans leur monde imaginaire qu'il en existe au Japon. Mais la manière de le traiter m'a parfaitement ennuyé.  
Heureusement que l'écriture d'Isabelle Coudrier est toujours aussi enchanteresse, et me plaît toujours autant, sans quoi j'aurais abandonné bien avant la fin...

vendredi 21 octobre 2016

Dans le désordre

Dans le désordre, Marion Brunet
Sarbacane, collection Exprim'
256p.
A partir de 14 ans.
Sortie en janvier 2016.

Et bim. Voilà une lecture qui m'a mise KO. Un roman qui m'a bouleversé. Ce matin, avant de partir travailler, j'ai lu quelques pages. J'avais un peu de temps. Et puis j'ai dû m'arrêter. A un passage totalement émouvant, prenant aux tripes. Et j'ai passé ma journée de travail un peu ailleurs, à attendre la fin de ma journée pour reprendre ma lecture. Basile, Marc, Jeanne, Tonio, Alisson, Jules, Lucie. Sept personnages, tous plus réels les uns que les autres. Tous plus blessés, plus à vifs. Qui se demandent sans cesse où ils iront après, une fois qu'ils seront chassés de leur nouveau squat. Et Basile qui répond, invariablement "Après... on ira ailleurs." Ils y sont ailleurs. Ils sont en moi, pour un long moment je pense.

Ce roman est fort, puissant. Il remue. Il fait trembler toutes nos fondations, il fait trembler le corps, le cœur, les murs... Il nous entraîne dans des montagnes russes émotionnelles. Des moments de réflexions intense sur notre société et les combats à mener. Après le 14 Juillet d'Eric Vuillard, voilà un roman bien puissant sur les luttes actuelles. 
Ce roman parle, en effet, de 7 personnes, qui se rencontrent lors d'une manif. Dans le désordre et le chaos de la charge policière, ils vont unir leurs colères, leurs réflexion, leurs destins. Chacun a ses raisons, mais tous sont d'accord. Il faut changer le monde dans lequel on vit. Et cela ne peut se faire sans lutte, sans sacrifice. 

"Mais la faction Armée Rouge du Berlin sauvage et résolument en guerre l'a toujours fasciné. Une époque qu'il aurait aimé vivre, où les luttes avaient un sens et se jouaient sans concessions. Aujourd'hui, tout s'est ramolli, tout est trop confortable. Même les plus révoltés se laissent coincer par la dernière saison de Breaking Bad et un pack de bières à la vodka. Même lui. Il n'est pas meilleur qu'un autre, il le sait. L'insurrection demande une vraie abnégation, la foi n'est pas un chemin facile."

Se battre et difficile. Et pourtant ils y croient tous. Ils continuent d'avoir l'espoir dans un monde plus juste, plus égalitaire, plus coopératif. Et ensemble ils cherchent la voie. Ils sont nombreux dans le monde comme eux. Nombreux à vouloir changer les choses chacun à sa manière.
"De l'extrême gauche pacifiste aux autonomes anarchistes des Black Blocs, tous ont le même but aujourd'hui: dire qu'ils existent, qu'ils refusent le nouvel ordre mondial, le capitalisme au visage immonde. Des mains trempées dans la peinture blanche s'ouvrent vers le ciel, vers les caméras fixées sur les hélicoptères tournoyant au dessus de la foule. Des doigts se tendent, dérisoires insultes, cris de vindicte -et des poings serrés par milliers. No pasaran! Le cri prend forme à mesure que les voix s'accordent dans une même scansion. No pasaran! Mais ils sont déjà passés depuis longtemps, arguments économiques en étendard, appauvrissement et déculturation en arme de pointe -combat sournois, gagné d'avance."

Et au cœur de toute cette révolte, de tout ce tumulte, de tout ce désordre, Jeanne et Basile s'aiment. Un amour fou et solaire. Un amour plein de promesses et d'avenirs dans une société qui ne semble pas en donner beaucoup.

L'écriture y est vive, incisive, franche. Comme l'histoire. Il y a de réels passages de poésie, et des moments de colère brute.
C'est un roman réellement beau, puissant, et fort que nous offre Marion Brunet.
Je pense que ses personnages, son histoire, et ses réflexions resteront en moi pendant longtemps. 
Il y avait déjà un peu de moi dans le roman, normal que le roman ait tellement laissé en moi....
A mettre entre toutes les mains!


"Amasser du fric ne l'intéresse pas. Etre propriétaire, pas plus. Les fringues, les choses neuves, les iPhones, il s'en tape. En ce sens, la vie qu'ils inventent lui convient. Mais un peu plus de pognon pour offrir des vacances à sa mère... La voir vivre dans un quartier plus sympa. Emmener Jeanne en voyage..."

lundi 17 octobre 2016

Station Eleven

En cette rentrée littéraire 2016, les éditions Rivages nous offre le 4ème roman d'Emily St. John Mandel, le magnifique Station Eleven.

On pourrait croire au premier abord qu'il s'agit d'un livre de pure Science-Fiction. Nous sommes en Amérique du Nord. La civilisation s'est totalement effondrée suite à une pandémie mondiale foudroyante. Et dans ce paysage post apocalyptique, un petit groupe nomade, voyage sur les routes désertes, de microcosme de survivants en microcosme, pour jouer du Shakespeare. Cette troupe qui considère que "Survivre ne suffit pas", apporte du théâtre, de la musique, et du rêve dans un monde qui ne connait plus les arts. 
En parallèle des pérégrinations de la Symphonie Itinérante, nous suivons d'autres personnages, tous ayant connus de près ou de loin Arthur Leander. Acteur mort sur scène d'une crise cardiaque, alors qu'il interprétait le Roi Lear de Shakespeare, juste avant le début de la pandémie, et que le monde ne sombre dans le chaos.

L'auteur nous offre là un roman très beau et mélancolique. Elle y alterne les périodes, passant d'avant la pandémie à l'An 20, passant d'un personnage à un autre. Et pourtant tout se tient. Tout semble avoir sa place, dans un équilibre parfait.

dimanche 11 septembre 2016

Les pêcheurs d'étoiles

Les pêcheurs d'étoiles de Jean-Paul Delfino
Editions Le Passage, 240p.

Sortie prévue le 1er septembre 2016




Paris, 1925. Cette nuit le poète Blaise Cendrars a rendez-vous avec Erik Satie. Il doit lui remettre un opéra dont il a écrit les textes pour lui. Dans un rade rempli de russes avinés la rencontre se tient. Mais Cendrars n'a pas le texte, volé par Cocteau dit-il. La plaie de la guerre Satie-Cocteau est rouverte. De plus à la sortie de ce bar apparaît la silhouette de la belle Biqui, que Satie aime depuis 20 ans. 
Les deux hommes se lancent à la poursuite de la belle fantomatique. Ils vivent alors une nuit majestueuse, pleine de rencontres, de folies, d'arts, de poésies. Une nuit au cours de laquelle ils vont se perdre, mais aussi se retrouver, retrouver leurs souvenirs, et tentent de réenchanter ce triste monde.

Je n'avais jamais lu Jean-Paul Delfino. Et j'ai été conquise par ce roman. A partir de personnages et de faits réels, il imagine une nuit magique dans le Paris de 1925. Au cours de leurs pérégrinations, ils vont aller à l'Opéra Garnier (qui offre une scène savoureuse avec les dévoreuses de carpes), à la Closerie des Lilas où se tient une fête au cours de laquelle est présent le Maître, Cocteau. Ils vont aussi parler d’Apollinaire sur sa tombe au Père Lachaise. Se souvenir de Dakar grâce aux réverbères. Faire une balade avec une descendante de Zarafa, et boire dans un camp de gitans. 
Pour les amoureux de l'art on y croise Chagall, Toulouse-Lautrec, les époux Delaunay, Abel Gance, Modigliani, Cocteau bien entendu, mais aussi Charlie Chaplin. 
Ce texte est plein de fantaisies et de poésie. Et dans les bribes de l'imagination débordante de Jean-Paul Delfino on tire la ficelle des réalités qui semblent aussi loufoques que son récit. J'y ai appris beaucoup de choses sur Blaise Cendrars et Erik Satie, dont je connaissais les noms, mais si peu les œuvres. J'y ai découvert un univers fait de misère financière et de richesse créative. J'y ai rencontré deux personnages hauts en couleurs et attachants. 

Une nuit tourbillonnante, dans laquelle on plonge avec délices. Ce roman se dévore tout autant qu'il se déguste. Il ravira les amateurs d'arts, les amoureux des années folles.