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samedi 16 mars 2013

La bêtise de la guerre

Waterlo & Trafalgar, Olivier Tallec
Père Castor, 64p.

Un soldat Bleu et un soldat Orange qui s'observent. Chacun retranché derrière un mur de protection. Au centre un No Man's Land...
Ils se regardent, longtemps. Ils s'occupent comme ils peuvent. Qui est Français? Qui est Anglais? On finit par oublier. Lorsque l'un regarde un escargot avec tendresse, l'autre le cuisine et le déguste. Seul moment où l'on peut leur rendre leur nationalité. 
Mais le temps est long. Un peu de sport, du jardinage, de la musique... Une guerre des tranchées d'usure. Alors de temps en temps ils se défient, se provoquent
 
  Jusqu'au jour où un oiseau bleu vient pondre un œuf du côté du soldat Orange, et quand il éclot l'oisillon est bleu et orange...

Pas de texte dans cet album illustré. C'est vraiment marrant. On se demande où l'auteur veut nous mener. La chute est vraiment très bonne. 
Les dessins, à la manière de Sempé, rajoutent vraiment au charme. 

Difficile d'accès du fait qu'il n'y ait pas de texte, je pense néanmoins que les enfants à partir de 6 ans peuvent l'apprécier. Il ne faut pas oublier que les enfants ont de l'humour, de l'imagination et que l'absurdité de la guerre  leur est tout à fait compréhensible!

Ajdar

Ajdar, Marjane Satrapi
Nathan, 36p.

Tout est beau et parfait dans le monde de Mathilde. Un bon roi, une place pour chaque chose, chaque chose à sa place... Mais un jour un terrible tremblement de Terre renverse tout. Le roi envoie Mathilde au centre de la Terre pour éclaircir le mystère de tout ce chambardement. C'est Adjar, le dragon qui vit au coeur de la Terre qui a bougé. Un des nombreux puits creusés par les hommes lui fait mal au dos, il est en colère et souffre. Pour que tout rentre dans l'ordre il faut que Mathilde l'aide et que tous comprenne l'importance de protéger et respecter la planète. 

On connait Marjane Satrapi pour son fabuleux Persepolis. Un peu moins pour ce conte écologique qui s'inspire de la mythologie persane. Et c'est bien dommage. L'histoire est simple, accessible aux plus jeunes, et les illustrations très colorées sont superbes. On y reconnait bien son trait. 

A lire aux plus jeunes, et à lire seul dès la fin du CP ou au CE1. Parce que le respect de la nature s'apprend dès le plus jeune âge! 

C'est un secret

C'est un secret!René Gouichoux et Marc Boutavant
Nathan, 24p.
 
 C'est la saison des réimpressions? On pourrait le croire...

Un matin Canard se rend compte qu'il est amoureux de Canette. Voilà un secret bien lourd pour lui tout seul. En le partageant c'est surement plus facile à porter... Du coup il le confie à l'Oie. Oui mais pour lui aussi c'est un secret bien dur à garder. Garder un secret c'est comme retenir sa respiration. Son ventre se gonfle, sa gorge le brûle, Oie doit parler. A son tour il se confie! Mais attention il ne faut le répéter à personne! De becs à oreilles, le secret finit par faire le tour de la basse cour. Heureusement que le coq sait tenir sa langue! Quoique...

L'histoire est mignonne, on y découvre la difficulté de taire un secret, et l'amour caché. Le texte est très facile, idéal pour une lecture dès le CP (d'ailleurs une première édition existait dans la collection Mes p'tites histoires chez Nathan en premières lectures). 

Ce que j'ai particulièrement aimé ce sont les illustrations de Marc Boutavant. Mais si vous savez bien, Ariol! Ce n'est pas sa seule création, mais sans doute la plus connue. J'aime bien le côté un peu rétro du trait. Les illustrations sont drôles et légères. 

 
 
Pour résumer, un petit album sympa à lire aux enfants dès 3 ans, et à lire tout seul rapidement. Vous y découvrirez les volailles de la basse-cour avec des dessins attachants.

jeudi 14 mars 2013

Arsenic et dentelles bretonnes

Fleur de tonnerre, Jean Teulé
Julliard, 288p.

Vous connaissiez Hélène Jégado? J'ai beau vivre dans le Morbihan cette demoiselle m'était totalement inconnu. Et c'est bien dommage!

Au XIXème siècle cette basse bretonne, fille d'un noble fin de lignée sans le sous, a parcouru tout le Morbihan, montant jusqu'à Saint Brieuc, pour jouer à l'Ankou. Bercée par les légendes bretonnes durant les veillées de son enfance, et voyant la peur que ce bras armé de la mort provoquait chez ses contemporains, elle a décidée de devenir cette peur. Très bonne cuisinière, réputée pour sa soupe aux herbes et son gâteau à l'arsenic, elle assassinait à tour de bras (ou de fourchette). Jeunes, vieux, riches, pauvres, enfants, femmes, curés, ... aucune distinction. La mort n'en fait pas, pourquoi aurait-elle fait des choix? 
Dans ce nouveau roman de Jean Teulé nous suivons donc les 18 années pendant lesquelles elle s'est adonnée à son passe temps favoris. Cuisiner pour tuer. Pendant 18 ans, dans ces landes peu enclines aux connaissances médicales, elle est passé presque inaperçue. Jusqu'à la provocation de trop qui l'a conduit à sa perte à Rennes. 

Jean Teulé s'en est donné à cœur joie pour notre plus grand plaisir. Il brosse un portrait attendrissant et drôle de la plus grande tueuse en série de France. "La France, je ne connais pas ce pays. C'est où? C'est loin de la Bretagne?"
Il romance les faits historiques avec sa plume légère que nous connaissons maintenant bien. Ce n'est pas de la grande littérature, mais ce n'est pas ce qu'il recherche. Il se fait plaisir et enchante le lecteur. Il peint le portrait d'une Bretagne arriérée, encore pétrie de croyances populaires. "Ça commence à me faire chier la Bretagne!..." 

Dans la même veine que Mangez le si vous voulez, on se régale. J'en reprendrais aisément une petite part. Et vous?

Correspondance

Mémé, t'as du courrier!, Jo Hoestlandt,
 Nathan, 128p.

Nathan réédite ce mois-ci un roman pour les jeunes à partir de 10 ans. Oui je sais rien de nouveau, mais si vous ne l'avez pas lu, c'est l'occasion!

Annabelle a 12 ans. Elle veut apprendre à taper à l'ordinateur. Elle ne sait ni quoi écrire, ni à qui. Du coup elle décide d'écrire des lettres qu'elle envoie à son arrière grand-mère. Les échanges épistolaires vont se faire de plus en plus fréquents et de plus en plus intimes. Petit à petit elles se confient, se livrent et se découvrent l'une l'autre. Et quand Annabelle se dispute avec sa meilleure amie, sa mémé lui apprend qu'a elle aussi ça lui est arrivé. Malgré la différence d'âge ces deux générations se rapprochent par l'écriture.

C'est un très joli roman épistolaire. L'auteur y aborde très bien et de manière sensible la vieillesse et la mort. 
Un livre qui pourrait donner aux enfants l'envie de se rapprocher de leurs anciens!

   

lundi 11 mars 2013

Le mal

IL, Derek Van Arman
Sonatine, 768p.

Dans l'Amérique des années 90, suivez une équipe de policiers à la poursuite de plusieurs serial killer. 
Tout commence par le meurtre d'une mère et de ses deux filles dans la banlieue de Washington. La mise en scène macabre et le modus operandi alerte la base de données du VICAT. Un ancien monstre, que l'agent Scott avait fait mettre sous les bbarreaux il y a bien longtemps, et qui est décédé en prison. Se mets en place une chasse à l'homme. Mais comme dans la réalité les policiers enquêtent rarement sur une affaire à la fois, ils sont aussi confrontés à des disparitions et des meurtres de jeunes filles qui semblent être sans lien avec cette première affaire. 
Plongez au sein de la réalité des premiers profiler, proche et lointaine des épisodes d'Esprits Criminels.

Nous sommes ici en présence d'un roman culte aux Etats-Unis qui parraît bien tardivement en France. L'auteur, qui a écrit sous pseudonyme, semble avoir eu des ennuis avec le FBI suite à cette parution. Son récit était trop réaliste pour qu'il n'ait pas de sources internes. Cette vérité se ressent dans ce roman noir, bien que nous n'en ayons qu'une vague idée, nous lecteurs français. 
La parution tardive donne un côté assez rétro à ce roman et aux techniques d'investigation.

Bien que faisant 760p, ce pavé se déroule en réalité sur 4 jours seulement. Cela donne un aspect un peu course contre la montre à l'histoire, bien qu'il y ait, malheureusement, quelques longueur. Heureusement les changements de temporalité sont inscrit en début de chapitres, nous permettant de resituer une action qui semble beaucoup plus lente à la lecture.

Ce roman noir nous plonge dans le mal et la noirceur d'une certaine espèce. Les deux principaux flics, Scott et Rivers, ne semblent pas lutter uniquement contre le crime. On sent en eux la volonté de rétablir l'humanité dans un monde d'horreur qui leur est familier. Bien qu'ils soient très différents par leur caractère et leur passé, cette caractéristique les rapproche et fait naitre entre eux une puissante amitié.
De nombreux personnages traversent l'histoire, parcourant cette descente aux enfers avec eux. Chacun apportant son bagage à l'histoire.

Pour résumer un thriller prenant, alliant recherches historiques, liens humains, études psychologiques. J'ai peiné sur les longueurs et parfois la lenteur de l'écriture, mais elles font partie de l’œuvre Un très bon roman noir, que les amateurs du genre sauront apprécier.        

samedi 2 mars 2013

Souvenirs perdus

La tête en l'air, Paco Roca
Delcourt, 112p.
Alors qu'il commence à perdre la tête, Ernest est placé par son fils dans une maison de retraite. Il découvre alors un nouveau monde, un nouveau rythme, une nouvelle vie, et doit s'y adapter. Il y fait des rencontres de ces pensionnaires qui vont plus ou moins bien. Lui a l'impression d'aller bien, juste quelques petits oublis. Jusqu'à ce que le médecin lui avoue un début d'Alzheimer. Désormais aidé de son compagnon de chambre, il va lutter contre son pire ennemie, le temps.
Magnifique! Dans ce roman graphique Paco Roba ne joue pas avec le pathos. C'est touchant. Les personnages sont tous différents, ne se comprennent pas forcément, mais ils vivent ensembles. 
Ernest est attendrissant. Il fait face à l'abandon de son fils, se montre fort et détaché alors qu'il ne l'est pas. Mais il a un combat à mener pour ne pas finir à l'étage (une sorte de mouroir de la maison de retraite). Ses souvenirs s'effilochent petit à petit, il perd ses mots. Un combat bien plus difficile que celui que doivent mener la majorité des pensionnaires, contre la dégénérescence physique. Dans cette routine rythmée par les repas et les siestes, ils semblent tous s'éteindre à petit feu. Mais il y a encore de la vie dans cette maison, des individualités. 
J'ai adoré le personnage d'Emile. Cet homme sans famille ni attache, qui vit à la maison depuis longtemps, et rackette les petits vieux qui perdent la tête. Il partage la chambre d'Ernest et progressivement va l'aider à partager son fardeau, s'impliquant de plus en plus, à mesure que la charge grandie. Son évolution est très humaine. Il apporte de la fraicheur et de la vitalité. De plus ses échanges avec Adrienne sont souvent drôles.
Un album très humain et tendre, qu'on lit avec grand plaisir. Un sourire aux lèvres, et la boule au ventre.