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lundi 16 mars 2015

Danser les ombres

Danser les ombres, Laurent Gaudé
Actes Sud, Janvier 2015
256p.

Je n'avais jamais lu Laurent Gaudé. D'abord parce qu'on m'avait toujours dit que c'était un auteur magnifique, avec beaucoup de poésie dans l'écriture et que du coup ça me faisait un peu peur. Comme si c'était trop beau pour me toucher. Ensuite parce que les sujets de ses romans sont souvent des catastrophes ou des faits de sociétés graves. Et ça aussi ça me faisait peur. 
Mais finalement je remercie Babelio pour ce titre que je n'aurais jamais lu de moi-même.

Laurent Gaudé nous offre un roman choral en 2 parties. Dans la première on y découvre une galerie de personnages, tous un peu boiteux dans la vie, marqués par des coups du sort, des événements tragiques, des souvenirs difficiles. Chacun en lien les uns avec les autres. La majeur partie de ses personnages se retrouvent chez Fessou, un ancien bordel de Port-au-Prince, pour parler, échanger, réfléchir sur le monde, mais aussi rire et passer du temps entre amis.
Ce point central de leur vie, tenue par le Vieux Tess, va les attirer comme un aimant pour la seconde partie du roman. 
Car le 12 janvier 2010, en fin de journée, un terrible séisme de 7,3 de magnitude sur l'échelle de Richter frappe l'Ouest du pays et ravage Port-au-Prince. La terre s'ouvre, avale les bâtiments et les hommes. La terre devient une bouche qui a faim de la vie. Mais en Haïti le vaudou est encore très présent. Beaucoup ont encore les croyances de leurs ancêtres. Et quand la terre s'ouvre, quelle tue, elle recrache aussi les morts. 
La seconde partie du roman est donc construite autour de la catastrophe. Juste après le tremblement de terre, les hommes se serrent les coudes, s'entraident. Il creusent les gravas pour contrer la mort et extraire des vivants des ruines. Et les morts en profitent pour sortir, profiter des heures de liberté qui leur sont accordées. Car dans le chaos qui peut dire qui sont les morts et les vivants? Alors pendant quelques jours, les ombres, les morts, vont se mêler aux vivants et les aider. Profiter pour passer encore un peu de temps avec ceux qu'ils aiment. Profiter de l'odeur, de la sueur des hommes, de la poussière, de la chaleur. Profiter de la vie.

Ce roman est véritablement magnifique. Il y a un rythme musical dans l'écriture de Laurent Gaudé. Même les répétitions ont de l'importance. Comme des phrases qu'il scandent tel le refrain d'une chanson. Des mots marquants. 
Et puis quand on le lit on vit Haïti. On sent la moiteur, la chaleur étouffante qui écrase les corps. On sent la poussière blanche qui entre dans les poumons après les tremblements. On a envie de danser avec les vivants pour perdre les morts en route. On voit les bidonvilles de Jalousie et les maisons Gingerbread. Alors quand on regarde les photos après avoir refermé le livre, on a une impression de déjà-vu.
Ses mots nous transportent en Haïti. Dans la misère et la douleur. Mais aussi dans la vie et la joie. Parce que de tout on peut dire "C'était magnifique..."

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